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Reprise des affrontements interethniques dans le sud-est du Nigeria
LEMONDE.FR | 18.08.03 | 11h04    MIS A JOUR LE 18.08.03 | 17h58
Ces affrontements sont les plus violents depuis la rébellion de la tribu des Ijaws, en mars, qui avait causé la mort de dizaines de personnes et contraint plusieurs compagnies pétrolières à abandonner leurs installations dans le secteur.

Les affrontements entre deux ethnies rivales, qui ont nécessité l'intervention des forces de sécurité nigérianes, se sont poursuivis, lundi 18 août, pour la quatrième journée consécutive dans la ville de Warri (sud-est du Nigeria), entraînant la mort d'au moins 20 personnes, selon des témoignages et la police. "Les combats continuent. Deux policiers ont été grièvement blessés et reçoivent actuellement des soins. Des civils ont également été blessés, a annoncé le porte-parole de la police fédérale nigériane, Chris Olakpe. Nous avons envoyé de nouveaux renforts. Des unités mobiles, des troupes de la marine et des unités spéciales sont sur place pour faire échec aux assauts des jeunes", a-t-il déclaré.

Quatre automobilistes Itsekiri ont été enlevés par des combattants Ijaw sur la route menant à l'aéroport, a affirmé Churchill Omadelli, un membre de l'ethnie Itsekiri, qui a confirmé la reprise des échanges des coups de feu dans la ville. "Je peux entendre des coups de feu. L'endroit est à peu de choses près un enfer", a indiqué par téléphone un autre membre de l'ethnie Itsekiri, qui affronte ses voisins Ijaw dans cette ville riche en pétrole de l'Etat du delta du Niger."Il y a de nombreuses personnes dans la rue, des femmes et des enfants, à la recherche d'un endroit pour se cacher", a-t-il ajouté sous couvert de l'anonymat.

Un officier supérieur de la police nigériane avait auparavant déclaré qu'au moins dix personnes avaient été tuées dans la nuit de dimanche à lundi dans des affrontements entre les deux ethnies rivales et les forces de sécurité.

TRIBUS IJAW ET ITSEKIRI

Le président de la Croix-Rouge nigériane, Emmanuel Ijewere, avait, lui, affirmé que certaines des victimes avaient été atteintes par balles, d'autres par des coups de machette, dans des accrochages entre des membres des tribus Ijaw et Itsekiri. Une cinquantaine de maisons avaient en outre été incendiées, selon M. Ijewere, qui avait fait savoir qu'il évacuait son personnel de la région vu la détérioration de la situation.

"J'entends des coups de feu dans tous les coins, avait quant à lui affirmé dimanche un envoyé spécial de Reuters à Warri. Les gens cherchent un abri et des maisons sont en feu." "Alors que je vous parle, il y a d'intenses échanges de coups de feu dans la ville", avait indiqué de son côté Joel Bisini, président de l'Association des professionels pour le développement du delta du Niger, joint dimanche par téléphone. "J'ai vu au moins deux corps sans vie, et j'ai entendu parler de trois autres", a-t-il affirmé, ajoutant que des maisons avaient été incendiées.

"Il y a deux jours, il y a eu une attaque lancée par les Itsekiri dans la partie Ijaw de la ville. De jeunes Ijaw lancent maintenant des représailles", avait par ailleurs commenté M. Bisini. Au moins trois personnes avaient déjà trouvé la mort lors des combats de samedi, et plusieurs milliers de personnes avaient dû quitter leurs maisons.

VÉHICULES BLINDÉS

Le président de l'Association des professionels pour le développement du delta du Niger avait ajouté que l'armée nigériane, qui avait envoyé des renforts et des véhicules blindés pour tenter de séparer les deux parties, avait fini par prendre part aux affrontements et qu'elle essayait désormais d'imposer un couvre-feu.

Les combats entre Ijaw et Itsekiri ont repris de manière sporadique à la mi-juillet. Les deux ethnies se rejettent mutuellement la responsabilité de ces affrontements, les plus violents depuis la rébellion de la tribu des Ijaw en mars, qui avait fait plusieurs dizaines de morts.

Le conflit interethnique dans la région du delta, autour des villes de Warri, Forcados et Escravos, porte sur les terres et le pouvoir politique, mais il a été aggravé par la concurrence que se livrent les communautés depuis l'essor du secteur pétrolier durant les années 1970.

Les derniers affrontements pourraient par ailleurs contraindre Royal Dutch Shell, premier extracteur de pétrole au Nigeria, et ChevronTexaco à reporter la réouverture prévue de leurs installations, laissées à l'abandon après les violences de mars. Les affrontements meurtriers avaient alors provoqué l'évacuation des installations pétrolières de la région de Warri, réduisant d'environ 40 % la production du Nigeria, premier producteur de brut en Afrique.

Avec AFP et Reuters


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